Football et Pouvoir: de l’extase à la déception...
Il y a six années, c’était l’extase historique de la bonne performance des Lions au mondial: défilés de foules en délires sur la place de l’indépendance, devant le Palais de la République, nuits blanches et liesses passablement arrosées des meutes de supporteurs, intellectuels scotchés à leur écran de télévision, journalistes chavirés de bonheur. Les esprits littéralement colonisés par les passes magiques, les dribbles hallucinants, les passements de jambes merveilleux, s’étaient laisser enivrer par la divine fumée de l’opium sportif. La jeunesse, totalement identifiée à l’équipe, «les lions de la téranga », qui s’imaginaient représenter le Sénégal, le pays de la téranga, avait été subjuguée par les démagogues qui confondent tête bien faite et bourrage de crâne par le ballon rond. Du moindre village au sommet de l’Etat, la communion était totale sur l‘ensemble du territoire. On pouvait se féliciter et s’embrasser à qui mieux mieux.
En 2002, on nous disait que grâce à cette équipe du Sénégal la cohésion était en marche, à la fois symboliquement, politiquement, socialement et même économiquement. Les victoires sans précédent de l’équipe nationale de football et les supposés vertus fraternelles du football devaient briser les dernières résistances à la cohésion.
L’équipe du Sénégal promue ambassadrice du « pays de la téranga » et de l’avancement, allait vaincre les dernières résistances par son groupe soudé et par sa capacité à illustrer la nouvelle économie voire le nouveau régime de la gagne à la sénégalaise: « Le Sénégal qui gagne, nous y croyons ». Cette thématique illusoire de la gagne, de la cohésion par la « culture sportive » développée en partie par le nouveau régime au pouvoir comme axe politique important, fut pourtant l’un de ces écrans de fumées derrière lequel se dissimule le désastre réel: l’absence d’avenir pour une jeunesse plus ou moins corrompue, à la précarité, à la situation économique et sociale du pays.
Mais les faits sont plutôt têtus. Tout au long de ces dernières années, la situation compromettante du pays, les violences meurtrières sur les stades pendant les saisons de « Navétanes », la corruption aussi bien dans le domaine politique et sportif, les matchs perdus pendant et hors compétitions, ont fini par faire apparaître l’empire-football sous son vrai visage: un empire de la fausse conscience, une entreprise d’abrutissement populiste…
Le football a ainsi produit le contraire de ce qu’il prétendait réaliser: en dissolvant les rapports sociaux (corruption, chômage…) dans une solidarité factice (« tous supporteurs ») et en dissimulant les orientations politiques réelles (les privatisations, la lutte contre la pauvreté, la famine) derrière une communauté nationale illusoire « Le Sénégal qui gagne »; le football a contribué à assombrir les esprits.
Et voilà, l’équipe du Sénégal disparaît de plus en plus vite dans les différentes compétitions auxquelles elle participe. La niaiserie mille fois ressassées sur la culture du foot et les rêveries politiquement correcte du « Sénégal qui gagne » qui avaient été portées par les beaux exploits de la CAN 2000 et du mondial 2002 se sont effondrées comme un ridicule château de cartes.
FAYE François